LA FRANCE, LES FEMMES ET LE POUVOIR

 

Une recherche en histoire politique, par Éliane Viennot

La France, les femmes et le pouvoir est le fruit d'une longue enquête destinée à comprendre l'origine et les caractéristiques de l'«exception française» en la matière. On sait que l'Hexagone fut le dernier des grands pays occidentaux à accorder le droit de vote aux femmes, et qu'il est aujourd'hui au 65e rang mondial pour la place qu'il leur réserve dans son Parlement. Mais si les faits sont connus, les raisons de cette situation n'ont jamais fait l'objet d'études approfondies. Parfois attribuées à un mystérieux «retard français», elles font surtout l'objet d'un tabou historique.

Ce tabou s'éclaire lorsqu'on saisit que l'exception française ne date pas d'hier, qu'elle a eu longtemps un tout autre visage, et que ceux qui ont le plus travaillé à l'exclusion des femmes des positions de pouvoir ne sont pas ceux que l'on croit généralement. Du début à la fin du Moyen Âge, en effet, la France s'est plutôt signalée par un ample partage des responsabilités entre les sexes. C'est à ce partage que s'attaquèrent, le jugeant incongru, les troupes d'hommes grossissantes qui s'investirent dans la construction de l'État et le commentaire de la vie politique, en se donnant les moyens de gagner à leur point de vue des groupes de plus en plus nombreux. Cette histoire n'a pourtant rien de linéaire. Elle est au contraire remplie de conflits, de polémiques, de reculs et d'avancées, de mises au point de stratégies, de batailles perdues ou gagnées… dont l'Histoire qui s'enseigne à l'école ou à l'université ne dit généralement rien, ou rien de compréhensible.


Perrin, 765 pages, 27 euros
paru en octobre 2006

I. L'invention de la loi salique (Ve-XVIe siècle)

Le premier volume de cette recherche revisite les onze siècles qui vont de la fondation du royaume par les Francs Saliens, pères prétendus de la fameuse «loi salique» empêchant les femmes d'hériter et de transmettre la Couronne, jusqu'à la prise du pouvoir par Henri IV, parvenu sur le trône au nom de cette disposition. Il met en lumière l'extraordinaire mélange de travail, d'ingéniosité et de hasard qui aboutirent à la fabrication puis à l'adoption de cette imposture. Il révèle l'étonnante résistance de larges secteurs de la société française aux «progrès» de la domination masculine.





Perrin, 504 pages, 25 euros
paru en octobre 2008


II. Les résistances de la société (XVIe-XVIIIe siècle)

Le second volume poursuit l'enquête jusqu'à la veille de la Révolution française. Il décrit le rapide déclin de l'activité politique des grandes dames et des reines, mais aussi le début de la «longue marche» vers l'égalité qui caractérise toute la fin de l'Ancien Régime – en dépit de l'opposition farouche des secteurs que l'on dit les plus «éclairés» de la société. Mettant en relation les conflits qui la traversent et les discours de l’un et l’autre camp, il montre l’appro-fondissement de la «querelle des femmes», depuis les chocs frontaux qui suivent l'arrivée au pouvoir d’Henri IV jusqu’à la mise au point du nouvel argumentaire misogyne de la «différence naturelle des sexes», auquel les féministes eurent tant de mal à s’opposer.


Le dernier volume prolongera la recherche jusqu'à nos jours.

dernière mise à jour : 26 mai 2009